Quand la grande Histoire se mêle à l'histoire personnelle, cela donne souvent cela : une sensibilité particulière de l'auteur qui, s'il a du talent, écrit un roman lumineux. Et Gaël Faye a ce talent...

Gabriel, dit Gabi, 10 ans, habite à Bujumbura, capitale du Burundi. Enfant métis, il vit heureux entouré de son père Michel, un Français entrepreneur au Burundi depuis de nombreuses années, de sa mère Yvonne, une Rwandaise exilée depuis les années 1960, et de sa petite soeur Ana, sept ans. Au coeur de son impasse du quartier Kinanira, habitée essentiellement d'expatriés, Gabi mène une vie confortable avec des domestiques à la maison. Surtout, il a près de lui toute sa bande de copains, toujours prêts à faire les quatre cents coups : Gino, son meilleur ami, métis comme lui ; Armand, le fils d'un diplomate burundais, et enfin les jumeaux, aux histoires et facéties multiples. C'est le temps des rires et des jeux de l'enfance, le temps de l'insouciance. Si Gabi saisit parfois quelques bribes des soubresauts politiques qui agitent le pays, il n'y prête guère attention, ne saisissant pas les non-dits et les murmures des adultes. Il est déjà préoccupé par la séparation de ses parents. A cette inquiétude, d'autres s'ajoutent rapidement. L'Histoire va faire irruption dans son monde jusque-là protégé. le coup d'Etat du 21 octobre 1993 déclenche les offensives : guerre civile, conflits ethniques, drame du Rwanda… La région s'embrase et la violence entre dans l'impasse, arrive devant chez Gabi qui n'a pas d'autre choix que d'ouvrir les yeux et de comprendre. Il est Français, il est Tutsi. Il est du Burundi, il est du Rwanda. Il est de partout et de nulle part, et tout explose autour de lui.