30 août 1975, petite ville d'Aurora, dans le New Hampshire : une jeune fille de 15 ans, Nola Kellergan, disparaît mystérieusement après avoir été vue par un témoin courant dans la forêt et poursuivie par un homme, le visage en sang. le témoin lui-même est retrouvé assassiné lorsque la police arrive sur les lieux de l'appel. Mais de Nola Kellergan, pas de traces. Ni du tueur, volatilisé après une course poursuite en voiture. 
33 ans plus tard, à Aurora, lorsque l'on découvre le squelette de Nola dans le jardin d'un célèbre écrivain, un autre jeune romancier à succès, Marcus Goldman, va tenter d'élucider cette affaire qui met en cause son meilleur ami et mentor, Harry Québert. Une longue et minutieuse enquête débute mettant en cause tous les habitants d'une petite ville pas aussi tranquille qu'elle y paraît.

« La Vérité sur l'Affaire Harry Québert », format poche, fait 854 pages. Ce roman, que je qualifie en premier de polar, doit donc tenir en haleine son lecteur sur 854 pages de suspense… le pari est risqué car l'ennui, le blabla inutile et les longueurs menacent. Pour ma part, l'auteur n'est pas tombé dans cet écueil. Des défauts, il y en a, mais pas sur ce point. 
Personnages caricaturaux, scènes d'émotion surjouées, dialogues convenus, un personnage principal qui transpire le nombrilisme et l'autosatisfaction (Marcus est beau, Marcus est talentueux, il est « le formidable »). Marcus, c'est Joël Dicker, forcément.
Et bien malgré ces imperfections, il est clair que Joël Dicker a réussi son pari : tenir sur plus de 800 pages son lecteur en haleine, sans temps mort.

Les chapitres s'enchaînent alternant flashbacks et temps présent avec beaucoup de fluidité et un atout majeur : un mystère que l'on croit résolu s'ouvre sur un rebondissement inattendu. Les mêmes scènes sont revisitées plusieurs fois à travers la vision de chaque protagoniste. le risque de répétition est là, certes, mais c'est surtout à chaque fois un éclairage différent qui se pose sur un événement mettant en scène plusieurs personnages, révélant au passage les petits secrets de chacun. C'est d'ailleurs cet aspect qui m'a rendu cette lecture réjouissante. Joël Dicker décrit une petite ville provinciale américaine où les personnages et leurs histoires offrent au lecteur un peinture sociale plus complexe qu'elle n'y paraît, où derrière des portraits assez stéréotypés se dévoilent les tourments qui chahutent chacun de nous : la peur de l'échec, l'envie de reconnaissance, l'envie d'être aimé, l'envie d'aimer. 

Enfin, ce roman, qui pour moi est une façon d'aborder le domaine du polar de manière originale, offre une réflexion conséquente sur le métier d'écrivain. Les réflexions d'Harry, les questionnements de Marcus, le rapport à la création littéraire et à ce qu'il en est fait lorsque cela devient un livre et un produit commercial avec le monde de l'édition, est vraiment intéressant.

Pour terminer et en trois mots : j'ai aimé. Ce n'est pas un coup de coeur car il y a trop de choses qui m'ont fait tiquer mais ces dernières n'ont pas pris le dessus sur le plaisir que j'ai eu à lire ce livre. 
Un très bon moment de lecture, jusqu'à la dernière ligne.

SR

Un jeune écrivain qui a connu le succès avec son premier roman est en panne d'inspiration pour écrire le second et se sent gagné d'une angoisse de plus en plus envahissante. Très perturbé par son état qui lui semble irréversible, Marcus contacte son ami et ancien professeur d'université, Harry Quebert, qui lui propose de venir lui rendre visite, dans une ville perdue du Massachusset. Mais très vite, Harry est rattrapé par son passé amoureux : lors de travaux dans son jardin, des ouvriers horticoles découvrent un squelette enterré avec un sac contenant le manuscrit du premier roman à succès d'Harry, Les Origines du mal. Ce squelette appartient à Nola, jeune fille de 15 disparue depuis 30 ans ; Harry est accusé du meurtre de Nola et est emprisonné. Afin de sauver son ami, Marcus va mener sa propre enquête qui deviendra au fil du temps, la matière de son prochain livre. Toutefois, et après la parution du roman, il s'avérera que l'enquête menée par Marcus et les policiers n'est pas terminée et fera l'objet d'un rebondissement inattendu.
L'auteur adopte une narration construite sur l'intertextualité et sur l'analepse. Ainsi, le récit se transforme davantage en scène qu'en récit descriptif ou psychologique. Toutefois, cette trame, dans sa répétitive efficacité devient parfois lassante car sans surprise. le roman aurait pu être écourté.           

Article rédigé par Isabelle Desage, enseignante.