VIE DU LYCEE

Culture

 

Nous avons réalisé cet article dans le cadre de notre enseignement d’exploration «Littérature et Société» dont l’activité principale est de créer un journal en ligne du lycée.

Le choix du thème était libre, nous nous sommes donc intéressées au club musique du lycée et pour cela nous avons interviewé le responsable de ce club qui est aussi professeur de français: M. Guillamaud et posé des questions par message à un élève de 2nde qui participe au club: Valentin.

Interview de M. Guillamaud:

Nous: Depuis quand le club de musique existe ?

M. Guillamaud: Alors, le club de musique, à ma connaissance...je suis arrivé dans cet établissement l’an dernier, il y avait un embryon de club de musique préexistant, avec certains élèves qui se réunissaient mais il n’y avait pas de matériel dans l’établissement, c’est-à-dire que c’était des musiciens qui avaient envie de jouer ensemble et qui n’avaient pas les conditions nécessaires au fait de répéter ensemble. Il semblerait, mais il faudrait demander à d’autres anciens, qu’il ait existé un autre club musique avant qui réunissaient surtout des profs qui jouaient ensemble.

Le club actuel a réellement existé à partir du moment où M. Gueye, l’an dernier, a mobilisé les élèves, il a fait un appel afin de savoir si certains profs étaient volontaires pour encadrer ce club. Du fait d’expériences professionnelles antérieures je me suis proposé, il y avait aussi un autre professeur, M. Guhur (prof de SES) qui était bassiste,  et qui a proposé d’encadrer également ce groupe. Par la suite, nous avons demandé à ce que du matériel soit acheté par l’établissement, on a discuté d’un lieu et des conditions de répétition, à partir de là le club de musique est réellement né.

Nous: Quel genre de musique faites-vous ?

M. Guillamaud: Moi ou le club ? (rires)

Nous: Le club (rires)

M. Guillamaud: Le club fait des reprises, principalement et plutôt autour du rock, c’est-à-dire pop, punk, métal, sous toutes ses formes diverses et variées.

Nous: C’est vous ou le club qui choisit les morceaux ?

M. Guillamaud: On n’est pas du tout dans une démarche scolaire au sens où il y a un prof et il dit ce que les élèves doivent faire…d’ailleurs c’est pas du tout comme ça que je considère la musique, la question du goût et de la manière de jouer aussi. Il faut qu’on aime ce que l’on joue pour le jouer avec toute la flamme qu’il faut. Donc ce sont les élèves qui choisissent et ils discutent entre eux ensuite parce que les groupes ne sont pas toujours fixes, il y a parfois des batteurs qui changent, des bassistes qui changent, des gens qui sont guitaristes qui deviennent chanteurs selon les morceaux.

Nous: Du coup vu que le style c’est plutôt le rock...quels instruments jouez-vous ?

M. Guillamaud : Alors d’abord, le matériel qui a été acheté par l’établissement : il y a deux amplis de guitare, un ampli de basse, une batterie, une sono avec deux micros. Ce qui laisse donc la possibilité à un chanteur, des guitaristes, des bassistes, des batteurs et pas assez de chanteurs ou chanteuses à mon avis mais il y aurait possibilité d’intégrer également des claviers, des soufflants c’est-à-dire des cuivres mais il n’y a pas de demande je dirai, pas de candidat surtout.

Nous: On se demandait s’il y avait plusieurs profs qui y participent ?

M. Guillamaud : Depuis le départ de M. Guhur, non. J’ai proposé à certains collègues de jouer ensemble, ça ne s’est pas encore fait, il y avait comme un enthousiasme autour du fait de jouer ensemble, certains profs étaient très volontaires l’an dernier en fin d’année et puis cette année, en début d’année et depuis ça ne s’est pas mis en place mais il y avait une volonté. J’aurais aimé aussi qu’on puisse jouer entre élèves et profs, je joue, je suis appelé à jouer avec les élèves.

Nous: Il y a beaucoup d’élèves ?

M. Guillamaud : La première réunion, il y avait 19 personnes, on est à peu près dans ces eaux-là, peut-être un peu moins mais oui il y a beaucoup de monde dans le club et donc il y a besoin de faire des horaires car ce n’est pas possible de jouer à plus de 5 à la fois mais les élèves, eux-mêmes, organisent ces horaires et c’est vraiment une des choses dans lesquelles je crois en terme de fonctionnement et d’organisation, c’est de faire confiance aux gens et de faire en sorte qu’ils s’organisent, là, ça a été le cas donc ça fonctionne très bien et c’est aussi, philosophiquement, pour moi encore une fois une approche de la musique, quelque chose où on se fait plaisir et on apprend pas comme dans les cours, ni comme dans les cours d’instruments : là c’est pas un prof de guitare qui vient apprendre des accords, ce sont vraiment des gens qui veulent jouer ensemble donc on est pas dans une logique verticale, on est dans une logique horizontale où chacun peut apprendre à l’autre par la pratique, c’est ce qu’on appelle «l’éducation populaire».

Nous: Et du coup comment ça se passe ?

M. Guillamaud : Bien (rires)

Nous: Non mais vu qu’il y a plusieurs groupes, comment vous faites pour les horaires ?

M. Guillamaud: Ça commence à 13h et ça se termine à 18h donc il y a suffisamment de créneaux pour laisser les groupes se succéder.

Nous: C’est des groupes fixes ou ils changent ?

M. Guillamaud: Oui, le principe en fait c’est que d’abord les élèves se sont tous réunis, il y en a certains qui avaient déjà joué ensemble, d’autres qui ont cherché à intégrer des groupes donc en fonction des morceaux choisis, il y a des affinités qui sont créées et donc les gens jouent ensemble sur cette base-là. Hier, je discutais avec un élève, a priori on va reprendre un morceau des «Ramones» parce qu’il connaît le morceau, moi aussi et voilà donc ça se fait dans la discussion.

Nous: Du coup en ce moment il y plusieurs morceaux qui sont en train de se faire ?

M. Guillamaud: Oui, plein.

Nous: Quoi ?

M. Guillamaud: Dans les morceaux, il y a du «Rage Against The Machine», du «Pixies», il y a principalement des morceaux de rock plutôt de ma génération, c’est marrant, que de la vôtre enfin du coup ça reste de la vôtre mais plutôt des morceaux qui sont sorti quand moi j’étais jeune. Il y aura peut-être du Metallica aussi.

Nous: Quelle chanson ?

M. Guillamaud: Je ne sais pas laquelle ils veulent reprendre mais j’irais plutôt vers des choses genre «One» ou…

Nous: Oui, quelque chose de simple

M. Guillamaud: Ce n’est pas forcément la plus simple «One» mais je trouve plutôt jolie la version acoustique.

Nous : Sur le site du lycée, il n’y pas d’informations sur le club de musique !

M. Guillamaud: C’est vrai ! C’est pas une volonté délibérée…j’ai jeté un œil, il y des informations sur une exposition qu’on avait faite dans le cadre de l’atelier, une exposition sur les métiers des spectacles…en fait on s’est posé la question avec le club en début d’année et quand j’ai vu l’affluence, je me suis dit qu’on pourrait être plus embêté qu’autre chose si y avait beaucoup de monde qui venait en plus, en termes de créneaux justement. Donc d’un point de vue très pragmatique, il n’y avait pas de besoin de publicité pour ramener des gens parce que il y a déjà suffisamment de gens, après effectivement d’un point de vue institutionnel et «faire ce qu’on dit et dire ce qu’on fait», oui, ça serait plutôt une bonne idée de le faire mais du coup ce sera l’occasion sur le site du lycée d’avoir un écho grâce à cet article. Je vous en remercie d’ailleurs.

Nous : Du coup est-ce que à la fin de l’année y a un concert ou quelque chose comme ça ?

M. Guillamaud: Bien sûr. C’est le premier objectif du club, des fois on parle de club, d’atelier, moi je trouvais bien le nom «Des notes au lycée», (rire forcé/ironique), jeu de mots (sourire), à l’usage, ça n’a pas été retenu, on garde quand même la vieille appellation de «club musique», ça fait quelque chose d’un peu fermé mais bon il se trouve que ça ressemble un peu à ça mais dans tous les cas le moment de l’ouverture et du partage, c’est en fin d’année : le concert de restitution, tout le monde travaille pour ça en fait. On a évoqué aussi la possibilité de faire des micros-interventions dans l’année, des petits concerts, on garde l’idée, on va voir quand. Tout le monde est d’accord, aussi bien les élèves que les profs que l’administration donc voilà, on se garde ça en tête et on le fera probablement de manière un peu surprise, concert sauvage.

Nous: Et ça se déroule comment ?

M. Guillamaud: Le concert de fin d’année se déroule en extérieur, il y a une scène qui est louée, une scène assez professionnelle d’ailleurs, il y a des exigences professionnelles pour les scènes, on ne peut pas faire monter des gens sur des tables par exemple, faut que ça tienne 500 kg au m² etc, il y a des normes, donc là, y a une scène qui vient, y a du matériel du fait que le lycée ait investi, on a le matériel y a plus besoin de louer, ça c’est chouette. L’an dernier c’est M. Guhur et moi qui avons fait le son c’est dire le niveau de professionnalisme (rires), je ne suis pas sondier du tout mais bon voilà, on a bricolé le son avec les amplis et la sono et donc ça se passe en extérieur et ça c’est très bien passé l’an dernier et ça se passera encore mieux cette année. Tout le monde en fait peut venir, y a généralement des affiches qui sont faites un mois avant l’événement, on a une réunion pour dire qui passe quand, fait quoi et voilà.

Nous: C’est bon. (rires)

M.Guillamaud: Très bien, je vous remercie.

Questions/réponses de Valentin:

Nous: Pourquoi as-tu voulu participer au club de musique ?

Valentin: J’ai voulu participer au club pour rencontrer des gens de mon lycée qui joue de la musique comme moi.

Nous: Quel(s) instrument(s) joues-tu ? Et depuis combien de temps ?

Valentin: Je joue de la batterie, j’en fais depuis mes 6 ans, donc 9 ans de pratique.

Nous: Quels sont pour toi les avantages et les inconvénients du club ?

Valentin : Avantages: on s’entend bien avec tout le monde, on rencontre des gens qui jouent et écoutent le même style de musique que nous. Inconvénients: pas assez de temps pour jouer et ce n’est qu’une fois par semaine

Nous: Avec qui joues-tu ?

Valentin: je joue un peu avec tout le monde.

Nous: Te réinscriras-tu l’année prochaine ?

Valentin: Oui, je me réinscrirai sans hésiter.

Nous: Comment trouves-tu l’ambiance générale ?

Valentin: L’ambiance générale est très bonne.

Nous: Quels morceaux aimes-tu jouer ?

Valentin: Un peu de tout, souvent on part sur des «impro» (des musiques qu’on invente sur le moment) et c’est vraiment cool parce que ça nous permet de nous lâcher

Nous: Quels groupes de musiques écoutes-tu ?

Valentin: Mon groupe préféré est «Iron Maiden», sinon j’écoute «Deicide», «AC/DC», «Trivium», «Amon Amarth», «Dimmur Borgir», «Metallica»…

Nous: Quelles sont tes horaires ?

Valentin: Le club ouvre à 13h et ferme à 18h.

Toutes ces réponses nous ont apporté plus d’informations sur le club musique et nous espérons que vous en avez plus aussi.

On remercie M. Guillamaud et Valentin de nous avoir accordé du temps et d’avoir répondu à toutes nos questions.

Et merci à vous d’avoir lu notre article.

Lisa, Chloé et Eloïse

 

 CULTURE

 

Ahmed Madani, dramaturge et metteur en scène, a accepté de venir nous rencontrer au lycée Rotrou à Dreux le jeudi 5 janvier. La rencontre s'est tenue en amphithéâtre. Il a répondu aux questions posées par les élèves et est revenu sur sa carrière professionnelle. Nous avons fait la transcription de cet entretien.

 

Ahmed Madani est né à Remchi en Algérie le 8 mars 1952, il vit en France à Mantes-La-Jolie depuis 1958. C'est un auteur et metteur en scène français.

Psychothérapeute de formation, il est rapidement attiré par le théâtre.

Étant plus jeune, il a fait des études pour devenir psychologue, mais sa passion l'a poussé à se dédier tout entier au théâtre. 


En 1985, il fonde sa propre compagnie : Madani Compagnie. Il écrit une douzaine de spectacles parmi lesquels : « Petit Garçon rouge avec Bilboquet », « La Tour » (créé dans une tour désaffectée à Mantes-la-Jolie dans le cadre du festival « Big Bang Banlieue » qu 'Ahmed Madani a créé en 1987 et dont il a assuré la direction artistique jusqu'en 1989), « Nous Crèverons l'Horizon », « Rapt » et en 1994, « l'Os », « C'était une guerre », « Familles, je vous hais… me ».

 


Pourquoi je me suis lancé dans le milieu théâtral?

Alors moi j'avais à peu près votre âge, je suis arrivé au lycée en classe de seconde et j'avais une prof de français qui était absolument géniale, merveilleuse et dont j'étais très amoureux. C'est hyper simple ! Et cette prof de français, elle avait décidé de faire un atelier théâtre donc évidemment pour la voir en dehors du cours, c'était le bon plan d'aller à l'atelier théâtre...Du coup, je suis à l'atelier théâtre pour essayer de draguer ma prof de français, en clair quoi ! Je veux dire : il ne s'est jamais rien passé entre nous mais par contre, on a développé une très grande amitié qui est restée pendant toutes ces années et jusqu'à maintenant (y a deux jours elle m'a envoyé un sms pour me souhaiter la bonne année) et donc voilà, cette prof de français a été vraiment un élément déclencheur pour moi. Donc, je vais à l'atelier théâtre...ça dure, on y va, on travaille et puis un moment donné, on fait un spectacle, on essaie de faire un spectacle. On ne peut pas faire le spectacle parce que le garçon qui jouait dans cette troupe ne joue plus dans la troupe et qu'il avait le rôle principal. Moi j'en avais un petit, j'avais un rôle intéressant non pas petit, un rôle de composition je jouais un rôle de grand père et en fait on ne joue pas la pièce et c'est triste pour moi et, du coup je veux continuer à faire du théâtre et il se trouve que dans ce lycée ou j'étais il y a une équipe de théâtre qui vient présenter une pièce d'un auteur qui s'appelle Samuel Beckett et la pièce s'appelle En attendant Godot je ne sais pas si vous avez déjà entendu parler de cette pièce c'est vraiment une grande œuvre du répertoire contemporain et il se trouve que le directeur de cette troupe de théâtre fait pendant deux jours un atelier de théâtre. Je vais à l'atelier théâtre et c'est génial et du coup la prof de théâtre dont j'étais amoureux; ce directeur de théâtre qui vient présenter une pièce incroyable pour moi et puis il y avait une possibilité de faire du théâtre dans l'atelier amateur. Je vais voir la troupe amateur et là je commence à faire du théâtre en amateur et ça, ça dure 3-4 ans et ça continue pendant que je suis étudiant puis à un moment donné pendant que je suis étudiant, il y a la possibilité à la fin de mes études de devenir acteur professionnel parce que le directeur de cette troupe, il avait un peu de ronds pour payer et je rentre dans la troupe et devient un acteur de théâtre, ça devait durer un an donc moi je quitte mon boulot (j’étais psychologue, je travaillais dans un cabinet). J’avais un copain qui était banquier et y en avait un autre qui était maître-nageur et puis il y avait une fille qui était ma compagne à l’époque et qui sortait d’une fac de lettres et qui ne savait pas trop quoi faire donc on se met dans l’aventure et on fait du théâtre. On se dit : « c’est un plan pour un an, on y va et on fait cette aventure sur un an puis en fait ça fait 40 ans ! Vous vous rendez compte, ça finit par faire 40 ans, voilà 40 ans cette année...

Est-ce que vous connaissez Nawell Madani ?

Je n’ai pas de liens avec Nawell Madani mais je la connais.

Vous avez quitté votre métier pour être acteur ?

Ouais j’ai quitté le travail de psychologue pour être acteur je gagnais vraiment bien ma vie en tant que psychologue mais je gagnais beaucoup moins bien ma vie en tant qu’acteur mais vraiment c’était formidable !

Comment s’est passé votre enfance ?

J’ai été un enfant battu, torturé (ton ironique). Non franchement moi j’ai eu, enfin je pense sincèrement, j’ai eu une enfance hyper heureuse...quoi j’vais te dire, je vivais à une époque quand j’avais votre âge et même avant où, dans le fond, tous mes copains étaient français. J’étais à l’école primaire, tu vois, par exemple à l’école primaire il fallait que, moi, je sois le premier de la classe sinon si j’étais pas le premier de la classe je me faisais latter quand je rentrais à la baraque donc il fallait que je sois premier de la classe j’avais pas le droit d’être plus que cinquième. Si c’était sixième, eh bah là, c’était vraiment mort ! Donc l’enfance c’était ça : l’école, l’école l’école à fond, à fond, à fond et la plupart de mes copains qui étaient dans les classes primaires etc. Je les voyais partir... tu vois ? Partir. Partir vers de l’apprentissage des trucs comme ça et moi quand j’arrive au lycée quand j’arrive en classe de seconde, je suis le seul arabe de la classe, tu vois ? Donc déjà y'avait un truc...j’avais fait un parcours énorme ! Et tous les fils de prolos (parce que je vivais dans un quartier populaire) tu vois, tous les fils de prolos y'en a pas, y'a personne donc moi je suis qu’avec des fils de bourgeois en fait dans la classe où je suis. Voilà, c’est hyper simple et donc moi je passe une enfance plutôt, ouais, plutôt heureuse, ça se passe bien, y'a pas tous les problèmes, toutes les difficultés qu’il y a aujourd’hui dans les quartiers populaires, dans les banlieues etc. Il y avait du racisme mais si tu veux ça restait tolérable : on n’aimait pas les arabes mais on ne le disait pas trop.

Est-ce grâce à votre enfance et à votre parcours que vous avez choisi de parler des inégalités et notamment de faire ce spectacle ?

« F(l)ammes » [ndlr : la dernière pièce d'Ahmed Madani] était précédée d’un autre spectacle qui s’appelle « Illumination(s) ». Est ce que vous avez entendu parler de cette autre pièce ? Est-ce que il y en a qui l’ont vu ? Non ? Dommage mais sur internet vous avez des petits clips vidéos etc. Cela dit, il existe un lien je pourrais vous le filer pour aller voir le spectacle. C’est très lié en tous cas pour moi. Comment dire que en classe de seconde, j’ai la possibilité de faire du théâtre, c’est absolument inimaginable pour ma famille. Moi pendant dix ans j’ai pas dit à mes parents que j’étais acteur professionnel.

Pourquoi ?

Mais parce que ce n’était pas tolérable dans la famille. Ma mère, elle n’avait qu’un rêve, c’est que je sois médecin donc j’ai trouvé une solution : moi je voulais pas être médecin...non vraiment, je pouvais pas. Déjà je n’avais pas ce tempérament et un jour je lui ai dis mais maman : « je suis psychologue, c’est médecin des fous... » alors à partir de ce jour-là c’était la réconciliation avec ma mère et à chaque fois qu’elle me présentait à quelqu’un elle disait : « ouais mon fils il est médecin des fous » donc c’était réglé mais par contre je lui ai quand même pas dit que je faisais du théâtre et, un jour, la sœur de ma mère (elle habite à Marseille). Elle téléphone à ma mère et elle lui dit : « ouais, eh j’ai vu ton fils à la télé : il fait du théâtre ! Alors elle a dit : « Comment ça Ahmed tu fais du théâtre ? J’ai dit : « oui maman mais enfin tu vois maintenant c’est mon métier. Ah c’est ton métier ! mais pourquoi tu fais ça ? ». Et puis finalement ça s’est tassé parce qu'elle voyait bien que je gagnais correctement ma vie ; ça va j’étais pas trop dans la misère mais quand même... C’était un grand regret pour mon père parce que je ne pouvais pas le soigner. Voilà donc il était emmerdé mon père. Mon père, il était très malade à la fin de sa vie donc ce que je pouvais faire pour lui c’était de lire les notices des médicaments. Là et à chaque fois qu'il y avait des troubles, il fallait que je lui dise les troubles. C’est quoi les troubles ? Parce que, vous savez, quand on prend des antibiotiques et tout ça, il y a toujours des troubles, des effets secondaires donc voilà je lui lisais tous les effets secondaires. Il était hypocondriaque. Hypocondriaque : c’est une pathologie où les gens ils adorent être malades : dès qu’il y a un truc qui va pas, ils pensent qu’ils ont le sida, qu’ils ont le cancer, tout ça...donc mon père a passé sa vie à être un grand malade et donc voilà, il a été déçu que je ne sois pas médecin je ne sais pas on est parti de ?…(rire) Bonjour la digression !

Donc finalement le côté social...et donc du coup, ça m’intéressait de raconter une partie de mon histoire mais pas que je la raconte ...comment dire ?... tout seul. J’ai souhaité la raconter dans un rapport : partager avec des jeunes garçons et des jeunes filles donc c’est très intéressant de faire avec des jeunes qui n’étaient pas des jeunes professionnels mais qui avaient une expérience pas tout à fait comparable à la mienne mais qui avaient quand même des liens et donc du coup, ça devenait intéressant d’établir un dialogue avec eux... voilà et donc c’est pour ça que j’ai lancé ça...Voilà depuis 2012, je suis sur ce projet-là.

Comment se passent les castings ?

- Les castings : j'envoie des flyers dans les missions locales, dans les associations, dans les théâtres donc ces flyers : les gens les reçoivent et puis ils se présentent aux castings, c'est tout simple. Pour les filles, j'ai du faire à peu près une dizaine ou une douzaine de stages ; pour les garçons, c'était plus simple d'une certaine manière, j'ai travaillé sur une ville qui s'appelle Mantes-la-Jolie, il y a une grosse cité qui s’appelle Le Val Fourré et je connaissais bien cette ville, j'suis allé au Val Fourré, j'ai mis des flyers dans différentes missions locales et tout ça, et là il y a eu à peu près une cinquantaine de garçons qui est venue me voir, pendant deux semaines donc les gens ils passaient et puis ceux qu'étaient intéressés, ils restaient. Et pour les filles, ça a été très différent parce que je suis passé dans plusieurs villes et à chaque fois je voyais une dizaine de villes, je suis venu ici à Vernouillet, je suis resté 3/4 jours ici et voilà je voyais des filles. A la fin il restait une centaine de filles et sur la centaine, j'en ai gardé 15 pour un dernier grand moment d'audition mais c'est pas : « tu viens passer 5 minutes et tu me dis un texte », je déteste faire ça, moi quand je fais une audition je veux rencontrer les gens parce que soit je les rencontre soit pas du tout, par exemple sur une de mes pièces ça m'est arrivé, y a un copain qui me présente une copine qu'est actrice, on mange ensemble, on a un super feeling, puis à la fin je lui dis "Bah écoute, on a passé 2 jours ensemble" j'étais allé à son mariage, à la fin j'lui dis : "Tu voudrais pas faire une pièce avec moi ?" et elle, elle m'admirait beaucoup, elle avait vu toutes mes pièces et elle me dit "Oui, je rêve de ça" puis finalement on fait la pièce et je l'ai jamais vu jouer cette fille et quand je fais ces rencontres auditions, c'est un moment très intense où je demande aux gens de me parler de leur vie, là pour Illumination(s) ou F(l)ammes, c'était la base du spectacle, on va s'échanger des histoires, je vous raconte des histoires de ma vie et vous me racontez des histoires de votre vie et du coup c'est la qualité des histoires et la façon de les raconter de ces jeunes qui sont avec moi et puis le feeling qu'on a ensemble parce que si y a pas de feeling ça marche pas, moi je suis quelqu'un qui marche au feeling, aux sentiments comme avec ma prof de français : j'suis amoureux d'elle donc j'vais faire du théâtre avec elle, j'suis pas amoureux d'elle j'y vais pas, j'la calcule pas. Je suis quelqu'un qui est amoureux de ses acteurs, je les aime, je les trouve intéressants, ils ont quelque chose qui me touche profondément, à partir de l'instant où y a ça même si ils sont chiants, même si ils sont casse-burnes, y a un des acteurs d'Illumination(s) qui était vraiment chiant comme mec mais j'sais pas il a quelque chose en lui qu'est très touchant donc il m'a appelé hier, il m'a dit "Ecoute j'passe une audition pour un spectacle qui s'appelle Djihad, est-ce que tu veux m'aider à passer l'audition", on a bossé pendant 2h etc. et je l'ai aidé c'est tout mais c'est vrai que c'est un mec qu'est parfois hyper chiant mais je sais pas pourquoi j'ai un sentiment pour lui et du coup, on arrive à super bien travailler quand on travaille ensemble, c'est vraiment un truc que je peux pas expliquer, si y a pas de feeling, on peut pas travailler avec moi, j’crois que c’est comme ça dans la vie. J’ai pas d’obligation à travailler avec des gens, en fait j’étais acteur et un acteur c’est quelqu’un qui doit se plier au désir du metteur en scène et moi ça me cassait les couilles, à un moment donné j’avais envie de faire mes projets à moi et du coup de choisir les gens avec qui je voulais travailler et des fois on peut me proposer de l’argent mais j’y vais pas parce que je le sens pas le plan, ça m’intéresse pas et puis des fois quand y a même pas de thunes j’peux tout à fait, parce que je sens que les gens sont sympas puis on va trouver des moyens de le faire.

- Quel est le budget dans le spectacle ?

- Ah ! Ça varie vraiment pour F(l)ammes, c’est 300 000 euros, pour une pièce où y'a 2/3 acteurs, c’est entre 120 et 150 000, ça dépend vraiment des projets.

- Qui est-ce qui paye ?

- Plein de gens, moi j’étais directeur d’un ancien théâtre et là j’suis le patron, alors j’ai de l’argent, y'a plein de gens etc. et y'a un budget de création donc là c’est moi le chef, je prends la thune et j’fais des spectacles avec, c’est ça, quand j’suis pas directeur d’un théâtre, là, il faut trouver la thune, donc on va voir d’autres théâtres, on leur dit « voilà j’ai une super idée, j’voudrais faire un spectacle qu’avec des filles mais j’les ai pas, c’est des non-professionnelles, le texte ah bah nan j’l’ai pas écrit, moi j’attends que les filles soient là et les autres théâtres qui veulent faire le spectacle bah j’en connais pas, pour l’instant y'a personne donc est-ce que ça vous intéresse de faire ce spectacle avec moi ? », on vend un truc invendable, puis si tu dis en plus des filles de banlieue alors là :laisse tomber !C’est pas la peine du coup ça me prend deux ans pour chercher la thune, j’vais voir les théâtres, j’discute avec eux etc. et je ramasse le pognon et quand j’ai le pognon, j’peux faire le spectacle. Les garçons, j’peux vous dire Illumination(s), c’était également hyper chaud, c’était 200 000 euros, j’avais pas du tout de thunes...Là du coup j’ai une copine qu’était ancienne actrice qui connaît quelqu’un et il dirige une très grosse maison en France, très puissante donc c’est la « Fondation Edf », elle me dit :« J’vais te brancher et tu vas les rencontrer et discuter avec eux, ils vont te filer 200 000 balles », je la crois pas hein ? et en fait pendant un an, on fait les dossiers etc., je monte le projet et franchement je commence l’audition des garçons, j ‘ai pas encore la thune, j’ai la thune pour payer trois acteurs mais moi ça m’intéressait pas de faire un spectacle avec trois, je voulais un spectacle choral, le vendredi c’était le dernier jour d’audition et là coup de téléphone, j’ai la thune et là c’était la java et le lundi on s’est mis à bosser, on a mis deux mois pour faire le spectacle.

- Quel Bac ?

- J’ai fait Littéraire moi mais je vais vous dire pourquoi on va rentrer dans ma vie secrète, en fait ma mère voulait que je sois médecin, mon père aussi, faut faire une section Scientifique, j’suis en classe de 1ère et là je tombe fou amoureux d’une nénette et franchement là je laisse tout tomber, je n’arrive plus qu’à faire une chose, lui écrire des lettres d’amour et c’est très littéraire les lettres d’amour, et ma prof de français qui était encore ma prof de français me dit :« Mais va donc en section littéraire » et là le grand drame c’est aller en section littéraire et donc trahir sa mère et son père, donc j’ai trahi mes parents et j’ai été en section littéraire.

-Et après le Bac ?

- Bah après le Bac, j’ai fait psycho, j’ai pas fait de théâtre, je ne savais même pas que ça existait les écoles nationales de théâtre, j’avais vu une pièce de ma vie en 2nde, j’en ai pas revu d’autres, je ne savais pas ce que c’était. D’autres questions ? Sortez de ma vie s’il vous plaît.

- Pourquoi Illumination(s) et F(l)ammes comme noms de pièce ?

- Parce que j’avais envie de m’interroger sur la place de cette jeunesse qui vit dans les quartiers populaires dont les parents sont immigrés comme les miens, et moi au lieu de raconter ma propre vie, ça me semblait pas très intéressant, par contre dialoguer avec des jeunes sur leur place dans la société française d’aujourd’hui, dans ce monde qui est en mouvement, vous savez très bien que la question de l’immigration se pose tous les jours. On a vu ce qu’il se passait à Calais, c’est un grand mouvement international pas que pour la France...donc quand on est un jeune qu’est né en France donc qu’a pas vécu l’immigration, c’est intéressant ça, parce que le jeune, lui, il a pas vécu, c’est ses parents qu’ont immigré, il est dans un corps qui quand il circule dans la rue, quand on le voit, on se dit : « il est pas français » ou « elle est pas française » donc qu’est-ce que ça fait dans la tête d’un jeune quand il marche dans la rue avec ce corps-là, ça, ça m’intéressait comme question et c’est la question qu’est abordée dans Illumination(s) et dans F(l)ammes et c’est pas du tout raconté de la même manière, c’est très différent mais pourtant ça parle du même sujet donc voilà, ça m’intéresse beaucoup et y a aussi autre chose qui m’intéresse, c’est lié à la première pièce que j’ai vue quand j’étais au lycée, ça a été un coup de cœur énorme pour moi, je me suis toujours dit : « mais c’est absolument merveilleux de rencontrer un art quand on est jeune » donc moi j’ai fait de l’art théâtral et mes spectacles, la plupart du temps, malgré tout il s’adresse à la jeunesse, il s’adresse aux vieux et aux jeunes mais par contre dans l’énergie qu’y a sur les spectacles c’est vraiment dar quoi, ça va à fond la caisse, et du coup cette énergie-là, quand y a des jeunes qui sont dans la salle, elle leur plaît, les vieux sont secoués puis les jeunes ils sont dans leur élément, la plupart des jeunes vont pas au théâtre ils vont au cinéma et moi j’fais du cinéma au théâtre d’une certaine manière : j’essaye de faire une forme théâtrale très dynamique, très vivante même quand c’est simplement quelqu’un qui parle, y a rien d’extraordinaire mais on arrive quand même à voir cette énergie-là.

Dans votre note d'intention vous écrivez : « Il reste encore un long chemin à accomplir pour que les jeunes femmes des quartiers populaires accouchent de la moitié du ciel ». Qu'est-ce que ça veut dire ?

Il reste encore un long chemin à accomplir pour que les jeunes femmes des quartiers populaires accouchent de la moitié du ciel le principe étant que le ciel appartient aux hommes et aux femmes qui devraient y a une parité une partie qui est aux hommes et une partie qui est aux femmes et on s’aperçoit que dans le monde patriarcal dans lequel on est particulièrement dans les quartiers populaires où il y a encore beaucoup de forces traditionnelles et tous ça, qui sont très influentes. Les femmes prennent peu part à la vie sociale etc. donc mais c’est une vieille note si tu veux. C’est une note que j’ai écrite genre il y a déjà deux ans au moment où je cherchais la thune donc c’est le genre de phrase qui plaît au gars qui file la thune quoi ! directeur de théâtre et tout ça... Donc je disais pas vraiment des conneries, il y a un peu de réflexion. Si tu veux je pense après avoir fait l’expérience  de F(l)ammes j’peux vous dire un truc : c’est que, dans les quartiers populaires, les filles ont une super énergie une super vitalité et que j’ai parfois l’impression que les mecs ils sont un peu comme écrasés par leurs conditions parce que chômage, galères etc. et que, en dessous d'eux, il y a des femmes. Donc du coup quand on est écrasé par  quelqu’un on a une petite tendance quand même à écraser ce qu’on peut quoi... donc comme c’est une nénette, elle est petite  et bah tu l’écrases donc du coup mais quand on est écrasé en fait on a deux solutions soit on se laisse complètement ratatiner soit on fait une armure et on se blinde et du coup ça donne une combativité. Vous verrez sur le plateau des filles mais putain elles ont la barre ! elles ont une espèce de gnaque incroyable ! Elles ont un énergie et ce sont des filles qui sont des battantes et en fait du coup c'est à ça que j'ai été sensible quand j’ai fait le casting. Ce qui fait la grande qualité du spectacle (vous le verrez) c’est pas tellement ce qu’on écoute, bien sûr c’est intéressant ce qu’on raconte, mais c’est surtout le casting : elles sont d’enfer ! Elles ont une énergie incroyable donc du coup voilà et je pense que quand je fais ce spectacle, dans le fond, je permets à des jeunes filles qui étaient d’une banalité extrême quand on les voit dans le métro parce qu’on les calcule pas plus que ça, mais en fait quand on les voit sur scène on les trouve magnifiques . Mais je pense que tout être humain, ça c’est mon sentiment, est magnifique dès qu’on le met sur une scène qu’on met la lumière sur lui et qu’on lui donne la possibilité de s’exprimer de dire ce qu’il ressent...il est magnifique donc je prends comme ça des gens de la cité et puis je les mets sur le plateau et il se passe quelque chose

Pour vos spectacles en rencontrant de nouvelles générations de jeunes de banlieue, est-ce que vous avez trouvé qu’il y avait des différences dans la mentalité avec votre génération ?

Oui, je pense que c’est lié aussi au contexte social de ma génération quand je disais que mes copains qu’étaient à l’école primaire, ils ont fait de l’apprentissage etc. ils ont trouvé des jobs. Ils avaient trouvé des boulots en fait, ils étaient intégrés d’une certaine manière, ils n’étaient pas dévalorisés socialement. Ils pouvaient se payer des vacances, se payer une caisse, louer un appart, ils pouvaient se mettre avec leur copine etc. C’était possible. Aujourd’hui quand t’es dans un quartier populaire et que t’es un garçon : c’est dur, quand t’es au chomdu tu vis chez tes parents c’est très dur ça et si tu veux moi (nous, en fait, dans ma génération) on partait assez vite des familles. Mais là le contexte est tel que, par exemple, votre génération à vous si vous voulez prendre un appart vous pouvez vous mettre en colocation nous on se mettait pas en colocation, nous on se mettait en communauté, ça a rien à voir : c’est un principe mental on aimait se regrouper pour vivre ensemble  pour partager des choses c’était une commune en fait. On appelle ça communauté mais vous, vous êtes obligés économiquement même quand les gens travaillent de partager un appartement à 3 ou à 4 parce que y’a pas trop de thunes quoi et ça, c’est quand même une différence énorme, donc ça c’est une grosse différence. Mon père le matin il perd son boulot l’après-midi, il a un nouveau job direct. Il va chercher du boulot, il en trouvait et tous mes copains de ma génération qui étaient sortis de l’école : ils avaient tous du boulot. Il y avait personne qui en avait pas.

On a encore un quart d’heure est-ce que vous voulez qu’on essai de faire du théâtre ou pas du tout ? Est-ce que ça en intéresse ?

Vous avez fait des spectacles avec des enfants de banlieue est-ce que vous en ferez avec des enfants de bourgeois ?

Bah c'est-à-dire que, déjà au théâtre, quand tu cherches des acteurs professionnels : 80 % c’est des enfants de bourgeois donc tu vas dans les écoles de théâtre, bah c’est pratiquement que des enfants de bourgeois. Il faut savoir une chose, c’est que le théâtre, c’est des bourgeois qui vont au théâtre 80 % du public c’est des bourgeois donc voilà... parce qu’il faut raquer la place, il faut avoir l’habitude, il faut avoir le goût du théâtre. Du coup moi, quand j’avais ton âge, j’avais l’utopie que le théâtre pouvait se partager avec tout le monde et toute ma vie, j’ai essayé de faire ce théâtre là mais après je me rends compte maintenant que je le fais que finalement dans les salles de spectacle quand je vais jouer dans des théâtres, bah je vois bien les mêmes spectateurs/spectatrices, c’est un certain milieu social et c’est quand même pas mal la classe un peu aisée donc du coup tu vois, même moi, j’ai fait plein de spectacles, bah ça m'est arrivé d’avoir reçu sur le plateau des enfants de bourgeois parce que c’est eux qui font du théâtre mais c’est en train de changer. Il y a quand même un petit mouvement. Moi je savais pas que le conservatoire national [d'art dramatique] de Paris existait par exemple qui est une grande, la plus grande ! école de théâtre de France je ne savais pas que ça existait mais maintenant je le sais. L’année dernière, j’ai été jury de ce théâtre, de ce conservatoire de Paris. Je faisais rentrer les élèves et la directrice elle a choisi de faire rentrer des jeunes qui venaient des quartiers populaires : des noirs, des arabes en clair donc il y en a donc ça veut dire que dans quelques années ces jeunes ils vont être sur les plateaux et ils vont faire des spectacles dans lesquels les autres jeunes de leurs générations vont se reconnaître parce que quand tu fais du théâtre bourgeois c’est des bourgeois qui se regardent. C’est jamais les prolos. Les prolos font pas de théâtre parce que c’est pas leurs cultures mais je pourrais effectivement les traiter comme des animaux sauvages et faire un spectacle avec eux. Tu vois ce que je veux dire parce que les jeunes dans  Illumination(s) à la fin, ils en avaient marre parce qu’ils avaient l’impression d’être vus comme des animaux sauvages, qu’on venait les voir parce que c’était des jeunes de banlieue et qu’ils faisaient peur et tout ça...Donc voilà des fois ça arrivait, cette impression, c’est pas agréable. Mais quand le public dans la salle le ressent c’est un peu dur quoi quand la salle est mélangée...

Ah il nous reste 10 minutes c’est chaud hein ?Qu’est ce qu’on fait ? On essaye ? Eh est-ce que vous avez envie d’essayer de faire un petit bout de théâtre avec moi deux secondes ou pas ? Y’en a qu’on envie ? Il faut des volontaires ! Il faut au moins deux personnes !Allez ! J’vais vous proposer un exercice très simple mais vous êtes pas obligé...hein moi, je veux bien continuer de parler.

 

Un grand merci à Ahmed Madani pour sa participation.

CULTURE

Interview

 

Entretien avec Ahmed Sylla

 

Nous avons eu la chance d'interviewer Ahmed Sylla le 7 décembre 2016 sur le réseau social snapchat. Nous lui avons posé des questions, puis il nous a répondu avec des vidéos snapchat d'une durée de 15 secondes.

- Quand vous vous êtes lancé dans ce milieu, quelles difficultés avez-vous rencontrées?

Les difficultés que j'ai eu,  c'était de professionnaliser tous les détails, d'avoir une rigueur par rapport aux spectacles, à l'humour et de bien gérer les choses pour ne pas partir à droite, à gauche...

- Mais le fait de venir de Provence ça n'a pas été compliqué de monter sur scène à Paris?

Non, je pense pas. J'ai eu de la chance de bénéficier d'un bon réseau. Je faisais partie de l'école Laurent Ruquier donc, déjà là, tu as une belle étiquette, c'est pas n'importe qui, tu vois.

- Est-ce-que vous voyez Laurent Ruquier comme un personnage fondamental de votre carrière?

Oui ! Complètement. Laurent Ruquier c'est la Redbull de ma carrière : comme dans la pub il a réussi à me faire voler.

- Quelle relation entretenez-vous avec lui?

Quand il a le temps, malgré son emploi du temps chargé, il vient regarder mes spectacles.

- Et bizarrement vous faites des vidéos sur internet mais qui n'ont rien avoir avec vos spectacles, comment expliquez-vous cela ?

Moi j'aime bien avoir une multitude de "taches", m'exercer à plein de choses. J'ai commencé sur internet à la base. Ma première vidéo " THE FIRST" je l'ai postée sur le réseau social Facebook.

- Aujourd'hui dans le monde de l'humour internet est un passage obligé ?

Oui je trouve, après il n'y a pas de recette miracle pour faire le buzz.

- A quoi ça tient alors la recette du succès : faire le buzz ?

Il n'y a pas de recette miracle, avec internet aujourd'hui tout est décuplé, c'est indéniable.

Internet tient une grande partie dans le développement d'une carrière c'est-à-dire que c'est là où on est plus proche des gens mais ça a ses avantages et ses inconvénients.

-Vous avez aussi fait une apparition dans l'émission "Alice Never", participé à deux films. Est-ce que le cinéma reste un objectif ?

Oui parce que j'aime avoir plusieurs cordes à mon arc. Si ça marche pas, tant pis. Le cinéma m'apporte un nouveau public , le public me suit sur youtube ou dans mes spectacles.

-Dans vos spectacles vous aimez bien interpréter des personnages , est-ce que cela apporte un dynamisme aux spectacles ?

AH BAH ! (rires) là c'est ma grande particularité, chaque humoriste ou comédien a sa singularité. Moi c'est vraiment le fait d'interpréter des personnages et de rentrer dedans mais jusqu'à pousser dans la psychologie du personnage par exemple pour jouer le rôle du grand-père africain, qui est un personnage assez fort je me suis inspiré de mes grands parents mais aussi d'anciens tirailleurs africains et c'est comme ça que j'arrive à me fondre en eux.

J'essaye d'être au plus proche de la réalité et de ne pas caricaturer.

-Mais quand vous imitez vos grands parents est ce que vous grossissez le trait ?

Non du tout,je ne veux pas caricaturer mes parents. Après oui j'invente des personnages comme par exemple l’entraîneur de foot reubeu ou la vendeuse de la parfumerie.

-Quel regard portent vos parents sur votre carrière ?

Mon père était sceptique parce que c'est quelqu'un de très droit. Il aime pas les histoires de comédie, tu vois les darons renois (rire) quand il s'est aperçu que j'avais des bonnes notes sur France 3, que que ça marchait pour moi, qu'il a vu que j'ai joué mon premier spectacle, il s'est dit [accent africain volontairement appuyé] « peut être que jé dévais lui faiw confiance » (rire) et ma mère m'a toujours soutenu, pour elle tant que j'avais mon bac... (rire)

-Maintenant vous réussissez à vivre de votre passion ?

Oui ! Dieu merci j'arrive à vivre de ça.

 

Nous remercions Ahmed Sylla d'avoir eu la gentillesse de participer à notre interview.

Maïtena et Chérine.

      Nous allons nous intéresser aux professeurs. Je suis élève de seconde et je comptais mener à bien un projet qui me tenait à cœur : interroger les professeurs dans un cadre plus personnel. Oui, les professeurs ont aussi une vie privée ! Est-ce qu’il y a une différence de comportement entre leur vie professionnelle et privée ? Font-ils une différence entre les élèves et les personnes de leurs entourages ?
Les réponses vous semblent logiques, pourtant chaque professeur est différent et n’a pas les mêmes sentiments quand il arrive chez lui. Est-ce que l’expérience joue un rôle important dans le rapport professeur-élève ? Et avec les collègues ? Puisqu’en tant qu’élève, nous voyons juste les rapports de collègue à collègue mais est-ce qu’ils peuvent devenir de véritables amis ?
Pour répondre à toutes ces questions, j’ai interviewé trois professeurs, d’âge différent, de sexe différent, d’expérience différente et de matière différente.

 

-Présentez-vous.
- Je m’appelle Eric Guillamaud. Je suis marié, j’ai deux enfants. Je suis prof de français au lycée Rotrou. Cette année, j’ai deux secondes et première. Je fais également les enseignements d’exploration littérature et société.

- Depuis combien de temps faîtes-vous ce métier ?
- Depuis longtemps (rire) j’ai commencé à enseigner à vingt et un an à Mantes-la-Jolie, au Val fourré, dans un collège, dans l’ancien collège dans lequel j’avais été élève moi-même. Ensuite, j’ai déménagé en Angleterre, j’y ai habité pendant une année où j’ai enseigné le français aussi. Et par la suite, je suis venu dans le coin et j’ai enseigné au collège Marcel Pagnol. Puis j’ai fait une pause d’une dizaine année, j’ai fait un autre métier.

- Quel était ce métier ?
- J’étais directeur d’un centre culturel à Mantes-la-Jolie, une salle de concert, on faisait aussi des pièces de théâtre, des associations qui menaient leurs activités, également des répétitions musicales, trois salles, deux bars. Et donc, je suis revenu au lycée Rotrou que j’avais connu, il y a douze, treize ans où j’avais été une année. Et donc ça a été mon choix.

- Vous avez toujours voulu être professeur ?
- Non non, par contre j’ai toujours été plutôt pas mauvais en français. J’ai pensé à d’autres métiers plus jeune : éboueur, c’est vrai. Ainsi qu’archéologue, journaliste. Mais assez tôt, je me suis dit prof de français, dès la seconde en fait.

- Quels rapports avez-vous avec vos collègues ? Est-ce qu’ils restent de simples collèges ou certaines relations deviennent plus personnelles ?
- J’ai de bons rapports avec mes collègues, il n’y a pas de collègues avec qui j’ai de mauvais rapports. Je trouve l’équipe dynamique ici et agréable.

- Est-ce qu’il y en a où vous vous entendez plus que d’autres ?
- Oui, je dirai que c’est comme dans tous les métiers, c'est-à-dire qu’il y a des relations de collègue à collègue qui sont voués à rester des relations de collègue à collègue, ensuite il y a des affinités qui peuvent se créer, ça peut arriver. Je garde parmi mes meilleurs amis, certains ex-collègues, notamment avec qui j’avais travaillé au collège Marcel Pagnol.

- Et du coup avec vos élèves ? Est-ce que psychologiquement, vous mettez une barrière ?
- Toujours. Nécessairement.

- Et si un élève vient pour vous parler de ses problèmes, cette barrière est finalement enlevée ?
- Alors, il y a une différence entre la barrière professionnelle en lien avec une déontologie, c’est-à-dire qu’effectivement les élèves ne sont pas mes enfants, j’ai déjà des enfants et donc je leur répondrai pas de la même manière que mes enfants. En revanche, je considère que cette barrière peut être poreuse, c’est-à-dire que dans nos fonctions de professeurs, on est appelé parce qu’on est humain à avoir des échanges autour de questions personnelles évidemment et ne serait-ce que parce que ces questions personnelles impactent sur notre profession et sur votre profession qui est celle d’être élève. Et donc, à ce moment-là, je dirai que les choses sont plus compliquées.

- Si vous croisez un de vos élèves en dehors du lycée, au supermarché, par exemple, vous le saluez ou vous vous dîtes que vous en avez assez vu aujourd’hui pour l’ignorer ?
- Je fais semblant de pas le voir ! (rire) Nan, bien sûr je le salue et s’il ne me salue pas, je lui fais remarquer...

- Quand vous avez un problème avec un élève ou un collègue, est ce que vos sentiments personnels prennent le dessus sur le professionnel ?
- C’est-à-dire ?

- Par exemple, si vous avez une altercation avec un élève, est ce que vous faîtes la part des choses entre le personnel et le professionnel ?
- Je dirai d’une manière générale, comme Nietzsche dirait : «Nous ne sommes pas des grenouilles pensantes, des appareils d’objectivation et d’enregistrement sans entrailles». Donc dans tous les cas, quand on est impacté émotionnellement, on est impacté pour de vrai. Dans tous les domaines de notre être, en revanche, je fais la part des choses et d’une manière générale, je crois en le droit à l’erreur, je crois en la possibilité de s’améliorer et le droit à l’erreur ça veut dire le droit à l’oubli. Dans la vie personnelle, je suis quelqu’un d’extrêmement rancunier alors que dans la vie professionnelle pas du tout.

- Est-ce que cela impacte sur vos relations personnelles ? Est-ce que vous en parler autour de vous ?
- Oui, ça peut m’arriver de parler du boulot dans un cadre familial ou amical, bien-sûr. Avec toutes les réserves déontologiques que j’évoquais. S’il peut m’arriver de parler effectivement d’élèves, de situation, c’est toujours anonyme et c’est toujours dans un cadre de respect de la personne et de son intimité.

- Du coup ça n’a jamais été un impact négatif sur votre relation personnelle en dehors du lycée ?
- Je dirai que c’est pas ma nature, en fait. J’ai pas la nature à me laisser manger d’une manière générale. Après oui, on peut être impacté par des situations difficiles qu’on rencontre, il y a des événements dramatiques qui peuvent survenir comme dans la vie. Donc oui, on peut être impacté comme tout un chacun. Ça veut dire qu’on ne mange pas que du papier et qu’on ne boit pas que de l’encre. On peut aussi effectivement avoir des émotions dans le cadre de son travail.

- Vous en parlez souvent chez vous de votre profession, des élèves, les anecdotes ?
- Oui, oui, assez régulièrement.

- Ca devient des exemples ?
- Ou des contres exemples ? (rire) Nan, nan pas vraiment, pas à ce point là.

Eric Guillamaud

- Quel est votre métier ?
- Je suis professeure au lycée Rotrou.

- Avez-vous travaillé dans plusieurs établissements avant de venir ici ?
- Oui.

- Quels rapports avez-vous avec vos collègues ? Est-ce qu’ils restent de simples collègues ou certaines relations deviennent plus personnelles ?
- C’est chaud à répondre ça. Parce que, si on se voit un peu en dehors de l’école, c’est un peu personnel, non ? Mais c’est pas des copains quand même, c’est professionnel mais on se voit avec beaucoup de plaisir en dehors de l’école. Pas de là à faire des soirées, enfin j’en suis pas là.

-Et avec vos élèves ? Mettez-vous une sorte de barrière psychologique ? Est-ce que vous faîtes vraiment la différence entre les élèves et d’autres personnes ?
- Ah ouais ! Je suis en mode professionnel quand je suis à l’école, je suis pas pareil.

- S’ils viennent parler de leurs problèmes, est-ce que la barrière est enlevée ?Est-ce que vous enlevez cette barrière de professeur et vous êtes que d’adulte à élève ?
- Alors, ça dépend de ce que t’appelles barrière. En tant que nous, professionnel de l’éducation, normalement on est censé s’occuper de A à Z des élèves, avec leurs problèmes quand il y en a. On n’est pas copains, c’est clair et net. Par contre je vais employer un ton qui est calculé pendant les cours, c'est-à-dire que, moi, je ne serai pas froide normalement avec les élèves. Mais, à l’intérieur de ma tête, c’est très clair. On a des relations professionnelles uniquement et si vous venez me parler de problèmes personnels, je pense que la barrière professionnelle reste. Je resterai toujours en relation professionnelle avec vous et pas personnelle. Par contre, je peux vous aider, je peux aider des élèves, je peux m’impliquer.

- Si vous croisez un de vos élèves en dehors du lycée, au supermarché, par exemple, vous le saluez ou vous vous dîtes que vous en avez assez vu aujourd’hui pour l’ignorer ?
- Non, j’ai du respect. Je dis bonjour comme je dis bonjour dans le lycée. Avec plaisir même.

- Quand vous avez un problème avec un élève ou un collègue, est-ce que vos sentiments personnels prennent le dessus sur le professionnel ? Ce n’est peut-être pas assez clair ?
- Ouais, on va préciser ça, vas-y.

- Par exemple, quand vous avez une altercation avec un élève, est-ce que quand vous rentrez chez vous, ça empiète sur vos humeurs ?
- Avant oui, maintenant non. Je veux dire, à l’heure actuelle depuis que je suis à Rotrou, j’ai pas eu d’altercations avec des élèves qui ont fait que derrière j’en ai pâti chez moi. Mais quand tu as une situation conflictuelle, tu t’interroges quand même quand tu rentres chez toi parce que t’as pas envie que ça dure, t’es toujours dans une idée professionnelle, d’aider. Et tu sais très bien que toi t’es pas là pour générer un conflit en tant que prof. Si conflit il y a, en tant qu’adulte, il me semble que c’est à toi d’essayer de l’apaiser. C’est ton boulot de prof d’essayer de trouver une solution même si t’estimes que t’es dans ton droit ou que c’est l’autre qui a fait une bêtise,etc. Il faut quand même trouver une solution donc ça va générer forcément une réflexion à la maison. Mais de là à dire que tu vas être en colère chez toi, moi je ne le suis plus. Je l’ai été par le passé, préoccupée, machin et tout mais maintenant non.

- Et du coup avec un collègue ? Ce n’est pas pareil ?
- Avec un collègue ? Si je me clash avec un collègue ? Alors là, c’est plus difficile pour moi à gérer parce que je gère plutôt bien les relations avec les élèves mais les relations avec les adultes, c’est plus compliqué : point faible. Mais ducoup je vais demander conseil à la maison, je vais m’énerver je pense. Quand je vais arriver, je serai très énervée, je vais expliquer la situation vraiment en mode énervé. Et ma famille fera en sorte de m’apaiser pour trouver une solution. J’ai déjà été énervée dans ce contexte, oui.

- Est-ce que vos sentiments vous suivent-ils jusqu’à chez vous ? Donc ça dépend des circonstances ?
- Alors ça dépend quels sentiments. Les sentiments positifs, oui parce qu’au cours d’une journée, on croit que c’est toujours du conflit qu’on ramène chez nous ou de la déception ou des crises alors que non pas du tout. La majorité de ce que je ramène à la maison pour ma part, c’est du positif : j’ai vu tel élève faire un progrès, j’ai vu tel élève faire un effort, j’ai vu tel élève comprendre : le truc génial. Et généralement, soit j’en parle chez moi ou soit j’en parle pas mais je suis contente, j’arrive, je suis satisfaite de ma journée. Et effectivement, si j’ai eu aussi conflit, alors, de façon inégale en faite, le conflit va passer dessous, et c’est plus le positif qui ressortira.

- Est-ce que vous en parlez autour de vous de votre profession ?
- Non.

- Et si ce sont des anecdotes ?
- Ca peut arriver mais pas pour se moquer, jamais. Mon conjoint est prof aussi donc on partage des expériences, modifier des cours en fonction de ce que l’autre a eu comme retour dans sa classe. On va voir « Tiens, il y a eu incompréhension des élèves sur ce point ». Donc moi, je vais pouvoir anticiper par rapport aux miens, modifier des choses. Donc j’en parle uniquement avec mon conjoint qui est prof, autrement les autres non, je ne parle pas de ma profession. Et de temps en temps, des réflexions qui nous on fait rire oui, mais on en a déjà rit avec nos élèves concernés mais pas pour se moquer jamais.

 

 

 

Anonyme

 

- Est-ce que vous pouvez vous présenter ?

- Madame Saliou, professeure d’allemand au lycée Rotrou pour la troisième année.

- Depuis combien de temps, faites vous ce métier ?

-Ca fait 6 ans en tout.

-Dans d’autres établissements ?

- Oui j’ai fait plusieurs établissements. J’ai travaillé sur Chartres au lycée Marceau et Elsa Triolet, à Nogent le Rotrou au lycée Rémi Belleau, à Châteauroux au lycée Jean Giraudoux.

- Pendant combien de temps ?

- Châteauroux 1 an, Chartres les deux lycées 1 an en simultanés, Nogent le Rotrou 1 an aussi.

- Quels rapports avez-vous avec vos collègues ? Est-ce qu’ils restent des simples collègues ou certaines relations deviennent plus personnelles ?

- Ca dépend des collègues, il y a des collègues qui ne restent que des collègues, que je croise à qui je dis : « bonjour, au revoir » et ça s’arrêtera là. Certains collègues sont des bons collègues avec qui je m’entends bien, Avec qui j’aime bien parler dans la salle des professeurs et avec qui j’aime bien manger le midi. Et il y a des collègues qui sont de vrais amis, des gens que je vois en dehors du lycée, que je vois le week-end, pendant les vacances.

- Avec vos élèves mettez vous une sorte de barrière ?

- Oui naturellement, c’est indispensable. Les élèves ne sont pas mes amis, donc forcément il y a une distance entre eux et moi. Je suis adulte, ce sont des enfants. Je suis responsable d’eux, de ce qui se passe dans la classe, de leur éducation. Ils sont là pour apprendre donc forcément il y a une forme de différence entre eux et moi.

- S’ils viennent vous parler de leur problème, la barrière est enlevée ?

- Oui dans une certaine mesure parce que si l’élève vient se confier à moi, bien évidemment je ne suis plus là en tant que professeur d’allemand, mais en tant qu’adulte qui doit écouter un enfant. Mais j’ai aussi un rôle de responsable vis-à-vis de cette élève qui viendrait me confier quelque chose parce que je dois le conseiller, parfois parce qu’il y a besoin d’aller à la police pour déposer une plainte quand c’est quelque chose de grave. Parce que des fois ce sont des élèves qui ont besoin d’être orientés à l’infirmerie ou des conseillers psychologique. Donc voilà, je reste malgré tout l’adulte par rapport à un enfant mais ça va être un rapport beaucoup plus détendu, il n’y aura plus de position d’autorité de ma part par rapport aux élèves.

- Ca vous est déjà arrivé ?

- Oui ça m’est déjà arrivée.

- Si vous croisez un de vos élèves en dehors du lycée, au super marché par exemple, est ce que vous le saluez ou vous vous dites que vous en avez assez vu aujourd’hui pour l’ignorer ?

- Ah ! ça va dépendre des élèves. (rire) De manière globale, je vais toujours saluer un élève quand je vais le croiser dans un super marché ou dans la rue. Un bonjour, ça mange pas de pain. Peu importe l’élève, ça peut être un élève qui est absolument affreux en cours, s’il me dit bonjour, je vais lui dire bonjour, parce que malgré tout c’est aussi mon rôle. Je suis un adulte et je dois aussi apprendre la politesse à des enfants et dire bonjour c’est le B.A BA. Il n’y aura pas de grande conversation entre les pâtes et les haricots mais voilà !

- Quand vous avez un problème avec un élève ou un collègue, est ce que vos sentiments personnels prennent le dessus sur le professionnel ?

- Je dirais que quand j’ai commencé ma première année à Châteauroux, justement je mettais beaucoup plus de sentiments personnels dans certaines situations désagréables car je pouvais prendre mal une réflexion qui m’était faite. Et en réalité avec le temps on finit par comprendre que quand les élèves se permettent de dépasser les limites, ils ne dépassent pas les limites vis-à-vis de la personne, de moi, qui je suis puisque nous nous connaissons pas vraiment. C’est le professeur qui est agressé, c’est la fonction, la profession qui est remise en cause. Il faut apprendre ça et ça peut prendre plus de temps pour certaine personne. Moi j’ai très vite décidé, parce que j’ai été conseillé par de bonnes personnes, d’arriver à me détacher finalement de ce qu’il pouvait se passer en cours. Ce n’est pas moi, c’est pas Audrey qui est touché, c’est madame Saliou c’est la prof, c’est le rôle du prof ici parce qu’encore une fois j’impose de faire des choses et ça ne plait pas toujours. Après concrètement quand il y a un conflit avec un élève, il faut toujours en tant qu’adulte penser qu’encore une fois c’est nous l’adulte, c’est nous le responsable, c’est nous qui montrons l’exemple. Donc on ne peut pas se permettre de s’emporter, on n’a pas le droit, même si l’élève dépasse les bornes, nous insulte par exemple, on ne peut pas répondre par l’insulte, ce n’est pas possible car nous on se met en faute, vis-à-vis globalement de la façon de se comporter. Et aussi ce cas de problématique va plus loin au niveau de l’administration, ça remonte au chef d’établissement. Il y a des conseils de discipline par exemple qui sont mis en place etc. Donc il faut pouvoir monter qu’en tant qu’adulte de rester responsable et toujours être dans les limites de la loi, parce que si un professeur se permet d’insulter un élève, les parents ont le droit de se plaindre auprès du chef d’établissement, ça se passe quasiment jamais mais ça peut arriver, il faut garder ça en tête. Donc j’essaye de toujours garder ça en tête, c’est pas toujours évident, avec mes collègues j’y vais plus franco, si on m’enquiquine, j’enquiquine en retour gratuitement, on est entre adultes, c’est en salle des professeurs donc vous voyez rien, on peut se permettre plus de choses déjà.

- Du coup vos sentiments vous suivent ils jusqu’à chez vous ?

- Oui avec plus ou moins d’importance, en début de carrière encore une fois je rentrais à la maison la tête avec tout ce qui s’était passé dans la journée, dans chacune de mes heures de cours, dans chacune de mes classes, chacun de mes élèves. Ca prenait le pas sur ma façon d’être à la maison, encore une fois j’ai pris du recul aujourd’hui, j’ai 6 ans de plus et donc j’arrive à laisser un peu plus les ennuis, les soucis, les questionnements au lycée pour arriver chez moi en étant un peu plus détendu. On arrive un peu stressé des fois certaines journées, mais globalement, oui ça a un impact assez fort sur la vie privé.

- Est-ce que cela empiète sur vos relations personnelles ? Quand vous êtes énervée, est ce que vous allez vous en prendre …

- A quelqu’un d’innocent qui n’a rien à voir ? (rire) j’ai pas d’exemple concret d’une situation où ça me serait arrivée, après oui je peux être agacée, et si j’ai quelqu’un en face de moi qui est aussi agacé, on peut s’agacer un peu plus fort ensemble disons, mais il n’y a rien d’extrême, il n’y a pas de situation extrême. On me demande : «  tu es énervée à cause du lycée ? » ; «  Oui je suis énervée à cause du lycée ». Je vais me calmer ailleurs et puis voilà. Une demi-heure après c’est passé, je prends un bain et tout va bien.

- Vous en parlez autour de vous de votre profession, des élèves, des anecdotes ?

- Ah oui ! En faite, parce que quand on est professeur, il faut savoir que beaucoup de nos amis sont également professeurs, souvent le conjoint est professeur. Donc en faite on connait tous le métier. Ce sont des gens du milieu de l’éducation, forcément on se retrouve et je crois que l’on est les pires gens au monde à fréquenter les profs parce que l’on parle tout le temps de notre métier, de nos élèves, de ce que l’on fait et de ce que l’on a trouvé : « Mais t’as vu telle application ? C’est formidable ! » « Les élèves, ils parlent de PNL, t’en as entendu parler ? » « Oh bha non, je c’est pas ce que c’est ! » « Ah mais mon dieux ! c’est affreux ! » « Bha oui ! » (rires) Donc voilà, on en parle, j’ai quelques anecdotes à tel point où à un moment donné j’ai quelqu’un qui n’est pas prof qui dit « buzzer ! stop on arrête ça fait une demi heure que vous parlez que du boulot, maintenant faut que l’on est des conversations autres. ».Il y a autre chose dans le monde que nos 36 élèves dans une classe. Là où je suis je fais attention, quand j’ai que des profs autour de moi, rien à faire, quand je suis dans ma famille ou il n’y a pas de prof, voilà je limite à une petite anecdote rigolote de ce qu’un élève aurait raconté ou fait mais juste quelque chose de drôle et de sympathique. Et de ce qui est plus ou moins négatif, je le garde pour la salle des profs et mes collègues.

- Ca fait longtemps que vous aviez envie de faire ce métier ?

- C’est une idée que j’avais depuis assez longtemps, je dirais depuis quasiment la fin du collège. Sans vraiment savoir si je pouvais le concrétiser car j’étais quelqu’un de très timide, de très renfermée, j’étais l’élève typique que l’on ne voit pas dans une classe, qui ne lève pas la main, qui ne parle pas, qui se sent très mal à l’aise dès qu’elle est interrogée. Avec cette personnalité là, je ne pensais pas pouvoir être la prof, celle qui doit justement se montrer et tout le temps parler, et puis avec le temps on grandit, on évolue. Mes études supérieures ont confirmées mon envie d’être prof de langue allemande et je ne regrette absolument pas. C’est mon métier quoi.

  

Audrey Saliou

 

      Concluons ces trois interviews où toutes idées et psychologies sont différentes.
      Premièrement, nous pouvons apercevoir des points en communs entre les trois professeurs : Ils ne sont pas « copains » avec les élèves et ce ne sont pas non plus leurs enfants. Une barrière est donc installée mais j’y reviendrai plus tard. Puis les professeurs nous ont parlé de respect. S’ils croisent un élève en dehors du lycée, ils vont le saluer. Tous trois enseignent une matière différente mais enseignent en commun le respect et la politesse aux élèves.
      Deuxièmement, parlons de cette fameuse barrière psychologique placée entre le professeur et l’élève. Selon la professeure anonyme, cette barrière reste professionnelle même quand l’élève vient parler ou demander conseil pour des problèmes personnels. Selon monsieur Guillamaud, elle peut être poreuse alors que madame Saliou enlève cette barrière et reste l’adulte qui conseille un enfant.
Au niveau de leurs collègues, la professeure anonyme n’a que des relations de collègue à collègue alors que les deux autres professeurs, ils ont avec certains collègues des relations plus personnelles, où ils se voient en dehors du lycée.
      Troisièmement, la vie professionnelle des professeurs a forcément une influence sur les sentiments dans leur vie privée. Chacun a de l’expérience et affirme qu’au début de leur métier, ils étaient influencés par leurs sentiments surtout madame Saliou : « je rentrais à la maison, la tête avec tout ce qui s’était passé dans la journée ». Maintenant, ils ont appris à faire la différence entre leur profession et leur vie privée. Nous pouvons donc comprendre qu’il n’y a finalement que le positif qui s’immisce dans leur vie privée. La professeure anonyme et monsieur Guillamaud ne parlent pas forcément de leur profession et s’ils parlent d’anecdotes, « c’est toujours anonyme et c’est toujours dans un cadre de respect de la personne » « mais pas pour se moquer, jamais ». Alors que Madame Saliou, ayant des proches professeurs parle régulièrement de sa profession.
      Si les professeurs exercent parfois la même fonction, malgré tout ils sont tous différents et ne gère pas d’une façon identique certaines situations. Ils n’ont pas les mêmes expériences et ont une vision différente de cette barrière entre la vie privé et la profession.

 

 

Charline