Avant première de L'éxilé, en présence de Marcelo Novaïs Teles, réalisateur du film.

Lors de celle-ci, nous avons pu lui poser quelques questions :

Qu’est-ce qui vous a décidé à vous arrêter à cette fin là ?

            Ne trouvant pas de fin pour répondre à la première scène (dans laquelle il lit une lettre que lui a envoyé une ex et qui lui apprend qu’il est le père de son enfant), sachant que son histoire porte sur la thématique de la paternité, il a trouvé que son échange avec Mathieu Amalric (qui était une totale improvisation) semblait parfait pour clôturer son film, qu’il avait commencé à tourner 15 ans plus tôt. En effet, lors de l’écriture d’un film, Marcelo en a profité pour poser une question « existentielle » à son ami. Sa réponse fut « Le fait d’être père remet tout en question ». Il ajoute que le dernier plan est comme une sorte de blague car il oublie d’éteindre sa caméra, comme si, au bout de 15 années de tournage, il avait oublié la présence de la caméra.

Pourriez-vous dater vos plans les plus récents et les plus anciens ?

            Marcelo ne se souvient plus exactement de la date exacte de ses prises, mais il pense que la plus ancienne est celle où lui et son ami Mathieu sont en voiture. Les images du début dans Paris sont des images d’archives qu’il avait tournées à son arrivée en France pour s’entraîner à la prise de vue. En revanche, il est certain que la dernière prise est la dernière séquence du film.

Est-ce que vous avez déjà une idée du résultat final lorsque vous tournez ?

            Marcelo est d’abord un monteur, il a monté pour la télé pendant 10 ans. Lorsqu’il filme, il pense déjà au montage. Il raconte que pendant les soirées avec sa bande, les invités sont contraints de rester à leur place, c’est la caméra qui se déplace. En revanche, il y a des séquences qui sont perdues au montage. Il avait commencé à monter le film, quand son ami Mathieu lui a dit que personne ne le produirait car il était invendable. Mathieu Amalric avait créé sa maison de production (Film(s)), et a donc proposé à Marcelo de l’aider à payer la suite de la pot production. C’est aussi grâce à cet argent que Marcelo a pu engager une monteuse. Il l’a laissée complètement libre, lui disant :« Raconte moi ma vie ». Ils se retrouvent  tous les vendredi pendant 4 semaines pour discuter de l’avancée du film. « C’est bien d’écrire car on se rend compte que certaines choses ne sont pas utiles. Et au montage on regrette de ne pas avoir filmé autrement »

Le film aurait-il autant fonctionné sans ses amis connus comme Mathieu Amalric ou Olivier Broche ?

            « Ça aurait pu marcher, mais il y aurait moins de vues sans eux. Le film est ce qu’il est. D’ailleurs, il y a énormément de films qui ont beaucoup de succès sans de grands acteurs. »

Est-ce que vous pensez que votre film a eu un impact sur la vie de vos amis ?

            « Non, je ne pense pas. Quand mes amis ont vu le film ils étaient tous très émus. Je ne pense pas que mes amis croyaient que le film serait fini un jour, cela faisait tout de même 15 ans que je le tournais. »

 

Avez-vous fait des études de cinéma ?

            Il est allé à une Fac de Lettres et Arts en option cinéma pendant 6 mois. Ses cours étaient de l’histoire du cinéma mais il semblait avoir plus de connaissances que son professeur, et des analyses de films qui ne lu apportaient rien. Pour lui, la meilleure formation est d’aller voir beaucoup de films.

Pourquoi avez-vous fait du montage ?

            Dans sa bande, tout ses amies voulaient faire des films. Aimant bien le montage, c’est la voie qu’il à décidé de prendre. C’est comme cela qu’il s’est retrouvé à monter tous les films de ses amis qui eux avaient préféré la réalisation.

 

On peut voir que vous vous éloignez géographiquement de votre pays natal, mais paradoxalement vous avez du mal à vous en détacher que ce soit avec vos proches ou même la musique.

            Marcelo a tout simplement répondu qu’il aurait pu retourner au pays mais qu’il est resté en France et «c’est comme ça. » « Tous ceux qui vivent à Paris veulent être des artistes. Ici, les gens sont frustrés car ils mettent la barre trop haut, contrairement à nous les Brésiliens qui faisons les choses sans penser aux contraintes. Nous, nous sommes dans le moment présent. »

 

Il y a un paradoxe dans votre film, car vous dites à votre ami Mathieu Amalric que vous ne vouliez pas laisser d’empreintes sur terre, mais vous avez filmé 15 années de votre vie.

            « Le film est intéressant pour toutes ses contradictions. Pourquoi fait-on quelque chose de notre vie ? C’est une question très importante ! Je fais des tentatives qui fonctionnent. J’ai réalisé un film à base de photos, une photo était une séquence. Je prends plaisir à faire quelque chose et voir si ça fonctionne. C’est le paradoxe de dire « ça ne sert à rien, mais je le fais quand même. »

Marcelo Novaïs Teles, au milieu du groupe.

 


 

Eva et Valentine